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En marche sur le GRP Thibaut de Champagne.

Le chemin Thibaut de Champagne est un chemin de grande randonnée qui forme une boucle d’environ 140 km en Seine et Marne. Il serpente dans les plaines de la Brie entre la Seine au sud ouest et la ville de Provins au nord ouest en passant par les villes de Nangis, Longueville, Montereau et Vulaines. Il est balisé en jaune – rouge.

grp thibaut de champagne

Qui était Thibaut de Champagne ? Thibaud de Champagne, dit « Thibaud le Chansonnier », né le 30 mai 1201 à Troyes, mort le 14 juillet 1253 à Pampelune, fut comte de Champagne de 1201 à 1253 et roi de Navarre de 1234 à 1253. Sa passion amoureuse pour la reine de France, Blanche de Castille lui inspira chansons et poésies qu’il faisait peindre sur les murs de ses palais de Troyes et de Provins. Ceci lui valut le qualificatif de « chansonnier ». Il est l’auteur de 71 compositions lyriques variées (dont 37 chansons d’amour) dans lesquelles il fait montre d’une grande virtuosité technique et verbale (il apprécie jeux de mots, pointes, métaphores filées et allégories) ainsi que d’une certaine désinvolture ironique envers la matière courtoise. Thibaut de Champagne est le trouvère le plus célébré de son temps.

Qui sommes-nous ? Luc et Yolande. Nous sommes un couple de randonneurs, chacun âgés d’une cinquantaine d’années. Yolande réside en Seine et Marne. Lors de certaines étapes, un de ses enfants nous a accompagnés.

Nous avons choisi de parcourir ce GR dans le sens des aiguilles d’une montre (sauf une étape) en partant de la Seine et à raison d’une journée par week-end l’hiver 2014, ce qui nous a occasionné 8 étapes entre 15 et 22 kms chacune. Chaque départ  a été effectué entre 10 et 11H, pour une arrivée en fin d’après midi. Nous avons utilisé le principe des 2 voitures, d’abord une laissée à l’arrivée, puis ralliement du point de départ avec le second véhicule qu’il faudra retourner chercher en fin d’après midi.

Durant ce périple, nous n’aurons pratiquement jamais croisé d’autre randonneur sur ce chemin. Peut être que la saison n’incite pas trop à la ballade, mais je crois surtout que ce chemin peu connu n’est pas très exploité, et c’est tant mieux car il garde ainsi son coté sauvage.

Matériel de repérage : carte IGN de secteur, carte de l’excellent travail de Bleausard77 sur son blog « randosacaudos », boussole (pas de trop car parfois chemin mal indiqué).

Equipement : bonnes chaussures de randonnée (attention à la gadoue surtout en foret de Villefermoy), pull et coupe vent (c’est l’hiver), petit sac à dos avec la pause midi.

 

1ère étape : Héricy / Panfou, environ 14 kms.

Nous avons choisi comme départ les hauteurs de Héricy, un peu en amont de l’église dans le quartier de la Brosse. Il fait assez froid, un peu moins de 10 degrés, et nous resterons couverts toute la journée. Le parcours est facile, assez bien indiqué, très calme et dépaysant.

Après une plaine agricole le chemin rejoint une départementale et longe la forêt domaniale de Barbeau où les touffes de gui sont omniprésentes, puis nous mène en une heure de marche au village de Féricy. L’église aujourd’hui classée monument historique fut un important lieu de pèlerinage au moyen-âge en raison de sa source Sainte Osmanne qui favorisait la fécondité. On y trouve un clin d’œil aux pèlerins de Compostelle sur une de ses verrières. Ça et là, les maisons sont décorées pour les fêtes de fin d’année et viennent égayer notre passage.

Peu après la sortie du village, ne manquez pas la mare des « cyprès chauves » au niveau du bois de Saint Denis. Plantés par Napoléon, ces cyprès ont la particularité de vivre près des marais, d’être caduques (d’où leur nom), et de posséder des racines aériennes très particulières qui émergent du sol tout autour de l’arbre et peuvent atteindre plus d’un mètre de hauteur, les pneumatophores.

Le chemin serpente jusqu’au village de Villiers avec son beau lavoir et ou nous attend une autre surprise, un élevage de vaches à poils longs, des Highlands originaires d’écosse.

 

Les Highlands

Les Highlands

Enfin, après un passage sous un réseau de câbles à haute tension, c’est le grand calme pour la dernière partie de la journée jusqu’au village de Pamfou.

 

2ème étape : Pamfou / La Chapelle Rablais, environ 15 kms.

Dés le départ, nous loupons le GRP mal indiqué qui s’oriente en sud – est vers le village de Valence en Brie, pour traverser la départementale 605, et emprunter un chemin de petite randonnée (jaune) qui passe sous la voie du TGV, sous l’autoroute A5,  et rentre dans la forêt de Villefermoy. Nous passons devant une stèle en grès qui commémore l’exécution par les allemands du capitaine de la caserne de pompiers de Valence en Brie en 1944. Là ça devient un peu la galère à cause de la boue et pour retrouver le GRP. Mais grâce à la boussole et en suivant la direction est nous y arrivons enfin pour tomber sur une maison forestière attenante à une immense faisanderie. Elle couvre plusieurs hectares et je n’en ai jamais vu autant. Ça coure dans tous les sens et ça s’envole en rase motte.

Malheureusement le chemin est encore mal indiqué et nous nous reperdons. La marche devient fatigante à cause de la boue et des broussailles à traverser.

Enfin nous sortons de la forêt, passons devant une magnifique gite et nous arrivons au village de La Chapelle Rablais. Café sympathique à proximité de l’église.

fusain d'Europe

fusain d’Europe

 

3ème étape : La Chapelle Rablais / La Bouloye, environ 15 kms

Après un petit café au troquet, nous chargeons les sacs à dos et c’est parti.  Sachant que nous allons traverser la ville de Nangis, nous avons choisi de partir léger et de déjeuner à la ville. Le chemin est calme et bien indiqué, le temps clair. Beaucoup de champs, peu de forêt, pas mal de boue, et des chasseurs avec leurs fusils qui nous font hâter le pas. Nous arrivons à proximité de Nangis alors qu’il est près de 14H, qu’il fait bien froid et que nous avons faim. Très belle arrivée avec les remparts, le château et l’église Saint Martin classée monument historique. Malheureusement le marché vient de se terminer et nous avons du mal à trouver de quoi nous restaurer. Finalement c’est un restau turc qui nous accueillera pour la pause casse-croûte.

départ de La Chapelle Rablais

départ de La Chapelle Rablais

Le chemin de sortie de ville est mal indiqué et heureusement, deux retraitées autochtones en pleine discussion de rue nous indiquerons comment rejoindre la « mare aux curés » où nous retrouverons le GRP. L’après midi est encore très rurale, venteuse, humide et fraîche et tout en maintenant un cap sud –est, nous arrivons au bourg de la Boulloye en fin d’après midi (prononcer la boulois).

 

4ème étape : La Bouloye / Lizines, environ 15 kms.

Pour cette étape, Emilie, la fille aînée de Yolande nous accompagne. Nous sommes donc trois ce matin au départ de la Boulloye, chacun armé de son petit sac à dos. Il a beaucoup plu dans la semaine mais le temps, même s’il n’est pas clair, est plus sec et doux aujourd’hui. Assez vite nous entrons dans le bois de Saint Loup et de Saint Martin et là, c’est la gadoue totale. Les ornières sont tellement profondes que le chemin est impraticable et il faut passer en bordure entre les arbres et les broussailles. Il y a même un ru sorti de son lit qui le traverse et nous devons utiliser un tronc d’arbre abattu et mis en travers pour pouvoir le franchir. Personne ne chute mais c’était risqué d’être avalé par les crocodiles (aux yeux jaunes).

bois de St Loup et de St Martin

bois de St Loup et de St Martin

Enfin nous sortons du bois et nous arrivons à Meigneux où nous cassons la croûte sur un pont en milieu de journée. L’après midi, après une zone agricole nous arrivons au joli village de Cessoy en Montois, avec ses maisons toutes en briquettes et où les habitants profitent du soleil pour nettoyer leurs vergers. Jolie mare de cresson à la sortie du village égayée de quelques rainettes. Un jeune agriculteur circule fièrement sur le tracteur Someca entièrement rénové de son grand-père.

Puis nous traverserons encore Sognolles en Montois, avant d’arriver à Lizines avec le clocher si caractéristique de l’église Saint Georges et qui nous guide de loin.

 

5ème étape : Lizines / Chalmaison, environ 20 kms.

Cette fois ci c’est Alex, le fils de Yolande, qui nous accompagne. Très sûr de lui il porte des rangers pas très adaptées pour ce périple et qui le feront terminer avec une démarche de canard boiteux.

Nous laissons la voiture en face de l’église et nous partons vers 10H à travers une épaisse brume dans une large zone agricole en direction de l’est. La Voulzie y serpente avec ses 2 affluents, le Durteint et le Dragon. Après 1H ½ de marche, nous arrivons aux pieds de Saint loup de Naud, ancien village fortifié du XIIème siècle, pour la première pose. La brume s’est levée, il fait beau et l’endroit en bord du ru du Dragon et à proximité d’un lavoir avec une petite écluse est délicieux. Le chemin ne passe pas par le village mais il ne faut pas hésiter à  y aller. Bâti sur une colline, il faut prendre un escalier qui passe sous les maisons pour y accéder. L’église romane du Xllème siècle est classée. Son portail et son tympan sont magnifiques. On y reconnait la vierge et ses 8 apôtres. L’intérieur est très sobre et porte à la spiritualité. En des temps anciens, le Saint Evêque y guérissait des enfants atteints de convulsion.

La Voulzie

La Voulzie

St Loup de Naud

St Loup de Naud

L’après midi, nous retrouvons les champs et au loin le viaduc de Longueville avec ses 42 arches de 20 mètres de hauteur, ancien vertige de la ligne de Paris _ Mulhouse. Nous passons sous le viaduc et traversons la ville avec ses bâtiments industriels abandonnés et nous marchons en direction du musée vivant du chemin de fer.

Là nous perdons le chemin et nous marchons sur la départementale 49 puis 122 jusqu’à Tachy, avant de prendre un chemin qui passe sous la voix ferrée puis amène à un terrain appartenant à un ferrailleur. Nous rejoignons la forêt et nous revenons un peu sur nos pas. Nous longeons alors la voie ferrée jusqu’à un second chemin qui passe dessous et nous retrouvons le balisage jaune rouge du GRP et rouge blanc du GR 11.

En fin d’après midi, nous arrivons à Chalmaison où nous retrouvons notre voiture sur le parking de l’imposante église.

 

6ème étape : Chatenay sur Seine / Chalmaison, environ 20 kms.

Une étourderie nous fait partir en sens inverse. Nous nous trouvons donc au départ vers 10H devant l’église de Chatenay sur Seine. Il fait très beau. Jolie première partie bien que plate, qui nous amène vers le village d’Egligny, puis traverse la départementale en longeant le ru de Preuilly. Nous traversons le Montois appelé aussi petite Suisse. L’abbaye de Preuilly est une émanation de l’abbaye de Cîteaux. Elle remonte au XIIème siècle, a été dévastée par les Huguenots pillée par la fronde, et dispersée sous la révolution. Autant dire qu’il n’en reste pas grand-chose mais l’édifice de 85 mètres reste impressionnant.  Alors que nous sommes écroulés dans l’herbe pour la pause devant ses grilles et que nous goutons à la caresse du soleil, un crissement dans le ciel attire notre attention et là, magique, nous assistons à un défilé de grues cendrées en provenance de sud ouest et direction nord est. Elles sont des centaines à passer par groupes. Parfois quand elles sont trop basses elles tournent en cercle pour prendre les courants d’air chaud ascendant et reprennent leur direction dés qu’elles ont regagné de l’altitude. Le spectacle est grandiose.

L'abbaye de Preuilly

L’abbaye de Preuilly

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vol de grues cendrées

L’après midi la promenade est variée et vallonnée. Avec le printemps c’est le réveil du monde animal avec ses papillons (Sylvains, Piérides du chou, Citrons, Paons du jour, Vulcains), et avec les abeilles qui s’affairent près des ruches du bord du chemin. Nous montons et nous descendons et nous apercevons à proximité le clocher de Donnemarie Dontilly. Nous traversons le village de Luisetaines, puis des champs. Le long village des Ormes sur Voulzie,  puis encore des champs, longeons la Voulzie puis encore des champs…

Les grues nous accompagneront ainsi toute l’après midi et nous marcherons souvent le nez en l’air, ce qui nous vaudra de nous perdre encore une petite fois juste avant d’arriver à Chalmaison.

 

 

7ème étape : Chatenay sur Seine / Montereau Fault Yonne, environ 20 kms.

Départ du parking de l’église de Chatenay (encore une fois mais dans le bon sens cette fois ci).

La journée s’annonce magnifique et nous pourrons marcher en tee shirt toute l’après midi alors que nous ne sommes qu’en plein mois de mars. C’est aussi la journée des fleurs (feu d’artifice de primevères, jonquilles, narcisses, iris….).

jolies fleurs au Plessis

jolies fleurs au Plessis

Dés le départ, le chemin s’engouffre dans une tranchée puis prend peu à peu de l’altitude pour atteindre la colline avec de très beau points de vue sur toute la région et sur les lapins à travers les champs.

Vers midi un peu passé nous arrivons au village du Plessis. Alors que nous posons face à une très jolie maison, Colette sa propriétaire nous invite à entrer et à partager son jardin et un verre de pineau le temps de notre déjeuner. Après le café elle nous fera visiter sa maison dont l’intérieur révèle autant de goût que l’extérieur. Elle nous accompagnera pour un bonjour à Nanon, l’âne du champ d’en face, puis nous reprenons le chemin avec toujours autant de fleurs et de papillons.

Peu après Courcelles en Bassée nous rejoignons le GR 11 mais alors là ça devient très mal indiqué et nous nous retrouvons à proximité de Salins, non prévu au programme. Il nous faudra couper à travers champs (heureusement la terre a séché) et petits bois pleins de ronces (aïe !) pour retrouver la marquage du GR 11 vers Tréchy. Le jaune rouge du Thibaut de Champagne n’existe plus. Comme nous sommes sur une colline les points de vue sont magnifiques et nous apercevons la Seine miroiter à travers les arbres de son rivage.

Nous descendons peu à peu pour arriver au village de Saint Germain Laval. Là encore le chemin est très mal indiqué et nous nous perdons une seconde fois dans le village. Enfin nous longeons la Seine, passons sous l’A 5 et le TGV avant de nous retrouver dans une impasse et de faire demi tour pour longer l’A 5 sur une centaine de mètres et entrer dans la ville de Montereau. Après la nature et ses couleurs, la ballade citadine perd un peu de son intérêt, malgré une jolie vue sur l’impressionnant Prieuré Saint Martin.

Nous retrouvons la voiture à la sortie de la ville, au pied de la falaise de calcaire avec ses anciennes galeries troglodytes.

 

8ème étape : Montereau Fault Yonne / Héricy, environ 22 kms.

Départ au pied de la falaise de calcaire de Montereau. Montereau est au confluent de la Seine et de l’Yonne et a vu se dérouler de grands évènements historiques sur son pont (victoire de Napoléon contre les Prusses en 1814).

L’air est frais et à peine embrumé. Nous cheminons dans l’intérieur par des chemins de terre jusqu’à la Grande Paroisse. Et là au niveau de la gare nous choisissons de quitter le chemin de Thibaut et de profiter des bords de Seine grâce à son chemin de halage. En fait il est très paisible, bien praticable, et parfois assez industrialisé. De nombreuses péniches y sont amarrées, parfois à vie. Vers 13H peu après le niveau de Vernou la Celle, un banc face à la Seine nous accueille pour la pause déjeuner. Durant toute cette pause, Barbe rousse, une mésange charbonnière portant dans son bec une touffe de poils roux pour l’isolation de son nid, très curieuse de notre présence et de notre repas, nous a tenu compagnie tout en zinzinulant et en sautillant autour de nous.

L’après midi nous mène à Champagne sur Seine, ou nous traversons le pont pour gagner Saint Mammès et son joli port fluvial. Après un café bien mérité, nous revenons vers Champagne et reprenons le cours du chemin de Thibaut. Tout en montant la côte nous passons devant une petite église orthodoxe puis retrouvons un chemin de terre dans le bois de Valence en Brie. Le bois est très escarpé, et le sentier est parsemé d’anémones. Les premiers muguets font déjà leur apparition. Nous retrouvons quelques promeneurs. A la sortie du bois nous rejoignons le Haut Samoreau ou nous effectuons une dernière pause sur un tapis de pâquerettes devant le château des Brûlis.

port de Saint Mammés

port de Saint Mammés

une péniche vers Vernou la Celle

une péniche rigolote vers Vernou la Celle

C’est la dernière étape et le Gr de pays prend la direction du nord. Encore une petite heure et nous achevons notre périple en arrivant à l’église d’Héricy, notre point de départ il y a 3 mois, et retrouvons notre voiture.

Nous terminons fatigués mais fiers et ravis d’avoir bouclé ce beau chemin.

 


 

Nous retiendrons pour ce périple le joli village de Saint Loup de Naud, le passage des grues cendrées vers le château de Preuilly, la gentillesse de Colette au Plessis, la petite mésange à la barbe rousse, et bien sûr l’éveil du printemps toute la seconde moitié du périple. Le temps a été largement avec nous puisque malgré le froid humide de l’hiver briard et le vent parfois glacial dans les plaines, nous n’avons pratiquement jamais eu de pluie ni de températures extrêmes.

 

plaisir de la marche à 2

plaisir de la marche à 2

GRP